PHILIPPE BRIFFAUT

 

 

Les Métamorphoses de la vie

 

 

 

 

 

 

 

          1. Les Hymnes à la Nuit

 

          2. Ebauches et Copeaux.

             Palette de nues

 

          3. La Bouche close

             (fragments pythiques)

 

          4. Les Iles Originelles.

             L'homme et la mer

 

          5. Océan

     

          6. Les hommes chaleureux


 

 

 

 

 

 

I.

 

            Les Hymnes à la Nuit

 

Rhapsodie hésiodique

 

 

 

Terre aux larges flancs

                  devant cette demeure

                  et à la joie du chant

 

 

      la contrainte d'un lien terrible

                  le tient

                  le héros accompli.

 

 

       Scansion de vers tragiques

    du dieu sculpteur-

 

 

       le miséricordieux  le clairvoyant

     le souffrant

 

 

      -le deux fois né du lien cruel-

      fils ou épigone

 

 

votre invocation est notre prière

votre question notre requête

votre question notre réponse

en cet exorde final ou initial.

 

 

 

 

 

 

Elis

 

Comment dire ces mots

passés dans la vision commune

puis vivre ensemble désormais.

 

Je tairai vos nuits

bouche close

 

(dedans le parloir noir

où guérissent les mots)

 

rares déjà

comme un divin passé

 

Ainsi je marcherai

au rythme de mes pas

comme aux sabots de bœufs

lourds et bourbeux.

 

Il n'y aura ni temps

ni lieuque l'ordre des pensées.

 

Chant I

 

Las le vent ce soir s'est tu.

Et les arbres -âmes sombres

d'agités- pleurent leurs ombres

défuntes hélas disparues.

           

Chant II

 

O Portes sombres et fêlées

Portes du fleuve de nuit!

-entremêlées de carillons

j'écoute vague vos murmures.

 

Vos Portes épouvantent

ô nuit !

aveugle

dans l'étreinte que je vois

corps à corps du jour et de la nuit.

 

Dans les champs de nuit bleue

coulent combles tes heures vécues.

 

Son chant l'enveloppe d'épis.

 

 

 

Chant III

 

    1

 

Bleu de nuit chrysalide

aphade de râles bas

tout mon âge oublieux parle de l'Océan.

 

Oublieuse de l'âge

chaque nuit porte de l'Océan

les nouveaux germes de cocons.

 

     2

 

Blanche larve

lourde comme lait d'enfant

éphèbe du verbe

 

sans poussière s'écoule la lumière

sur les blés chauds

du globe bleu.

 

      3

 

Écailles de gemme

coquille pleine

chrysalide de chair

cocon de lumière!

 

Chant IV

Les lèvres communiantes

 

Profonde est la nuit,

l'immense, l'obscure mais constellée.

-cependant,son ordre est sûr,

et les pensées le chérissent,

vase clos mais toutefois ouvert:

tout y est flux en la mouvante fresque

et l'ordre meut la vivante matière.

 

 

On y entre plus avant

dedans la Voie royale,

aux pas de Portes Incertaines,

tout de brumes envoûtées   

(il y a dans cet esprit

comme un trou noir dans lequel

cependant je puis tout voir)

comme une porte célébrant,

ombre guérisseuse,

en cet ordre où tout demeure,

où meubles et objets,

plus lointaines formes de pensées,

lorsqu'elles scintillent,

cantiques asservis,

aux claires voix grégoriennes,

lorsque la nuit,               

la bienveillante, s'apaise,

 

elle se tait la bouche close,

comme au calice ces

folles Erinyes communiantes,             

priant, la nuit,                   

dans son étreinte tout doucement       

la mort.

 

Mais elle, la terre, la souriante,

lorsqu'elle se rouvre

(ils iront dedans la nef haute

aux colonnes assagies

puis, au cimetière grave)

elles referment, ces folles,

se souvenant, silencieux,

les yeux de leurs mains chaudes,

-puisque tout finit et recommence-

comme en l'extase pleine,

dedans des jours plus longs,

sans que jamais leurs mots               

ne se prononcent,

tels qu'ils furent,

mais désormais inhabités.

Fête féconde! il faut fêter nos morts

en la demeure du cours long élu.

 

 

Chant  V

 

 

Océan de la profonde Nuit,

Étoiles!

points d'orgues de la Nuit,

pierres secrètes

mais vivifiantes demain,

Vous, qui de tout temps savez,

là, où se forgent les formes du temps-,

lorsque le jour apparaîtra

aux claires images du matin,

l'esprit se rouvre comme fruit mûr,

serai-je redevenu,

comme le souffle doux s'accroît,

si vite que l'on oublie la mort,

au règne que l'on descend

-elle ne fait qu'accomplir

notre précieux destin - puis,

comme des larves solennelles

aux visages simplifiés

de votre chant profond

remontant vers la claire lumière?

Et vos mains,

-sans votre nuit,

n'aurais-je jamais aimé votre clarté?

ces doux cristaux du corps,

hippocampes transparents

comme l'enfant?

 

 

Oiseaux

noirs de l'azur,                        

vous êtes revenus !

dans vos grands corps mystiques

dedans le clair azur

mais vous n'êtes que survivants illustres

de cet ordre et lieu élus.

 

 

 

Chant VI

 

 

 

   Insouciante jamais la nuit ne l'est

mémoire féconde

cours paisible de réalité,

car vivre est se fondre en lui.

 

L'arc: même extrême                   

est son point de retour

et de repos.

 

 

 

Chant VII

 

Deeper the flows

 Warmer the words.

 

   Lorsque renoué est à l'instant

   dans l'infini réalité

   souverain de seule mémoire

 

   scansion de vers tragiques

   (le deux fois né du lien cruel)

 

   les mots se compénètrent

   fruits lourds et mûrs

   aux lèvres charnelles

   -comme baies !

 

   Mots qui encore nous obligent

   nous, qui ne vivons que de nos mues.

 

   En toute chose est la première fois

   car nous tendons à la racine.

 

 

 

Chant VIII

 

 

Mais notre terre

dedans le corps parfois obscur

aux vagues émouvantes

comme des voix éparses

couronnées de chants épiques !

 

Si l'on en croit le chant du coq

lorsque les yeux se rouvrent

matinaux dedans le clair azur

 

les rayons se lèvent éloquents

aux creux des collines

accueillant le vent silencieux.

 

Lasses le soir

heureuses le matin

aux meuglements de jeunes bœufs

répondent des voix enfantines.

 

 

Chant IX

 

 

Elis

 

Si lointaines mais pourtant vives

comme nos voix demeurent

en terre profonde

aux chants de nos plus vastes plénitudes.

 

Nous mûrissions aux joies profondes

aux houles de blé mûri

aux champs d'heureuse plénitude.

 

enfant

-coquille chaudement recroquevillée

 

aux soirs nous accompagne

l'antique cloche vive

o sentes inassouvies!

 

 

Elis!

 

enfant

-comme coquille chaudement  recroquevillée

 

le village repose silencieux

au parterre des ans

dedans la nuit profonde et bleue

 

terre terrestre

réconciliée.

 

 

Chant X

 

 

mes lèvres

 

j'aurais aimé

qu'elles puisent

à la terre

dedans

 

 l'enclos du verbe.

 

 

Chant XI

 

 

 

Elle clôt parfois ses lèvres -

 

 il repose au creux de l'épaule profonde

comme une vague s'accomplissant

que la nuit blanche et bleue engendre

 

 dit-elle-

 

puis

ne dit mot.

 

 

 

 

 

 

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